Ma peinture a à avoir avec le dédale, le trop plein. Elle montre un monde en ruines où les objets et les corps, réduits à des fragments ou des hybrides, sont parfois à peine reconnaissables. Plus de fiction, plus de sens, juste une cohabitation dans un espace nu vu d'en haut. Une plage, une décharge, un lieu rasé où les choses s'entremêlent, survivent. Cela peut rappeler de manière métaphorique notre réalité contemporaine mais finalement de très loin car tout est passé à la moulinette de l'imaginaire et aux caprices de la main qui trace. Si par le dessin j'apporte une certaine précision aux formes, c'est la couleur surtout qui permet à chacun de se distinguer dans ce chaos. L'utilisation systématique de ce point de vue plongeant qui n'autorise aucune échappée vers un ciel, s'apparente peut-être à cette sorte de vision inédite de monde comme masse, comme foule, que nous délivrent aujourd'hui les satellites, les caméras de surveillance, la télévision... Une réalité globale de fourmilière joyeuse, précipitée dans un étrange et merveilleux cauchemar.
Dans mes peintures il n'y a pas de centre car je ne cherche pas à faire une image mais plutôt à proposer un territoire à parcourir du regard pour que le spectateur après moi se sente perdu, vagabond, en éprouvant peut-être une sensation proche de l'expérience du réel, c'est-à-dire cette fusion personnelle et toujours extra-ordinaire entre le visuel, l'émotion et l'imaginaire.
L'enfer, 2005. Huile sur toile, 30 x 180 cm.
